Framed Ink de Marcos Mateu-Mestre (UNE)

Marcos Mateu-Mestre

Framed Ink

Le dessinateur Marcos Mateu-Mestre a donné à son livre Framed Ink un sous-titre éloquent : Drawing And Composition For Visual Storytellers. Cet ouvrage s’adresse en effet à tous ceux qui veulent raconter des histoires en utilisant le potentiel de la narration visuelle. Un livre particulièrement indiqué donc pour ceux qui réalisent des storyboards pour le cinéma et la télé. Mais aussi, et c’est ce qui nous intéresse ici, pour les auteurs de bande dessinée.

Framed Ink de Marcos Mateu-Mestre : séquence de plans (cowboy)

Dans Framed Ink, Marcos Mateu-Mestre se donne pour mission de transmettre à son lecteur-dessinateur deux clefs qui lui permettront de maîtriser le langage des images. Ces clefs sont l’intentionnalité et la continuité.

Framed Ink, un livre sur l’intentionalité

Donner du sens aux dessins

Cet ouvrage examine dans les détails tout ce qui peut donner du sens à un dessin.

Toute image, qu’il s’agisse d’une photo ou d’un dessin, recèle en effet un très grand potentiel de signification. Le cadrage, la lumière, la profondeur de champ, la focalisation, les courbes, les angles, les oppositions… Une image possède de très nombreuses dimensions, qui sont autant d’informations envoyées au spectateur.

Le livre de Marcos Mateu-Mestre a pour premier objectif de montrer au dessinateur le potentiel informatif de toutes ces dimensions. Chacune, selon son utilisation, donne du sens à ce qui est représenté sur l’image. Et le dessinateur peut faire varier ces dimensions pour envoyer au lecteur/spectateur les informations de son choix.

Framed Ink de Marcos Mateu-Mestre : l'intentionnalité dans les dessins en BD

Ce livre a donc pour but de rendre le sens d’un dessin intentionnel, et non plus accidentel. Le dessinateur doit apprendre à maîtriser le langage des images pour charger ses images de sens et ainsi convoyer efficacement au lecteur/spectateur l’histoire qu’il veut lui raconter.

On comprend d’ailleurs tout de suite que l’utilisation de ces techniques requiert pour les auteurs de BD de lier profondément et organiquement le dessin et le scénario. C’est le scénario qui dicte en premier lieu le sens de l’histoire qui est racontée. Et le rôle du dessin est de permettre au lecteur de recevoir et comprendre toutes les facettes du scénario.

Des exemples à foison

L’auteur a la bonne idée d’entrer dans les détails de l’intentionnalité en examinant de nombreuses techniques.

Le chapitre 2 rappelle dans un premier temps les fondamentaux de la composition d’une image. Règle des tiers, échelle des plans, lignes de fuite, lignes de mouvement, direction des regards… Marcos Mateu-Mestre fournit une checklist très utile des différents choix de base que le dessinateur doit envisager.

Par exemple, il montre les différences de sens impliquées par les différences de focale :

Framed Ink de Marcos Mateu-Mestre : les différentes focales et leur signification

La focale longue aura tendance à écraser les distances et donc à rapprocher les éléments les uns des autres. Idéal pour sous-entendre par exemple qu’un personnage est lié à ce qui se trouve derrière lui. À l’inverse, l’objectif grand angle aura tendance à dissocier le premier plan de l’arrière plan.

Le chapitre 3 fournit quant à lui une liste volumineuse de techniques de composition plus avancées. Ce chapitre est très efficace et montre toute l’étendue des pouvoirs du dessinateur. Chaque technique est illustrée par des dessins très éloquents, mais aussi des miniatures schématiques soulignant l’idée principale. Je ne vais pas entrer dans les détails, ce serait trop long. Je laisse ceux qui liront ce livre découvrir la richesse de cette première partie.

techniques de narration visuelle : exemples

Framed Ink, une leçon de continuité

Dans un second temps, Marcos Mateu-Mestre étudie le concept de continuité dans la narration visuelle. La continuité, c’est la succession des plans et les informations que cet enchaînement envoie au lecteur/spectateur.

Mouvement et continuité en bande dessinée

Le contraste

L’idée est de comprendre le rôle du contraste dans la narration d’une histoire.

Le contraste est d’abord ce qui nous permet de distinguer les choses sur le plan visuel. Une chose n’apparaît claire que parce que ce qui l’entoure est sombre, et inversement.

Mais le principe s’applique également à la narration : pour donner de l’intensité à un moment, l’auteur doit le faire contraster avec ce qui précède et ce qui suit. La construction d’un climax ne fonctionne pas autrement.

Deux exemples de continuité

Partant de cette base théorique, Marcos Mateu-Mestre examine deux exemples très éloquents de construction de l’intensité. Plan par plan, l’auteur montre comment faire monter l’émotion jusqu’au climax. Pour cela, il focalise l’attention du lecteur/spectateur sur des éléments précis, et joue sur la position de la caméra pour convoyer des points de vue particuliers. Dans ces quelques pages, les débutants en narration visuelle trouveront l’une des meilleurs leçons qui soit sur la création du sens via le cadrage et le découpage.

Framed Ink de Marcos Mateu-Mestre : la séquence des cowboys expliquée (sur la continuité en BD)

« La ligne » (ou règle des 180°)

Logiquement, cette partie contient aussi un mini-chapitre sur la règle des 180°. Cette règle est en effet une clef essentielle de la narration visuelle. Et elle ne sert pas qu’à orienter le spectateur dans l’espace : elle l’informe du sens de l’action qui est en train de se dérouler. Pour plus de détails, je vous invite à consulter l’article que j’ai rédigé à ce sujet : « La règle des 180° au cinéma et en bande dessinée« .

Un petit chapitre sur la bande dessinée

Le cinquième et dernier chapitre de Framed Ink est consacré à quelques particularités de la bande dessinée. Tout ce qui a été dit jusque-là s’applique à la BD, mais ce médium contient aussi des dimensions qui le différencient du cinéma.

Par exemple, la création des personnages. Quelle forme de visage choisir ? Quelle corpulence et quelle silhouette leur donner ? Comment convoyer de l’émotion via les expressions faciales ou le langage corporel ?

Mais aussi : quelle forme donner aux cases ? Comment découper la planche ? Où placer les bulles ? Comment utiliser les onomatopées ?

Les quelques réponses apportées par l’auteur à ces questions n’ont rien de révolutionnaire, mais n’en restent pas moins tout à fait pertinentes.

Chorégraphier une planche de BD

Conclusion : faut-il lire Framed Ink ?

Oui, mais surtout si vous vous destinez à la bande dessinée. Framed Ink s’adresse en effet aux dessinateurs qui souhaitent raconter des histoires. Il fournit un excellent répertoire des techniques dont disposent les auteurs de BD pour charger leurs cases de sens et permettre ainsi au lecteur de saisir pleinement le sens de l’histoire qui lui est racontée.

Ce livre aura moins d’intérêt pour ceux qui s’orientent plutôt vers le dessin de copie, l’illustration de commande, etc.

Malheureusement, il n’existe pas à ma connaissance de traduction de cet ouvrage en français.

La fiche de lecture en vidéo

Date de parution : 2010
Format : A4
Nombre de pages : 130
Langue : anglais

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