Dynamisme en bande dessinée (UNE)
Bande dessinée d'entraînement

Sur le dynamisme en bande dessinée

17 mars 2020

Gros sujet aujourd’hui : le dynamisme en bande dessinée. Essentiel à la vivacité du récit, il est une des clefs de l’attention du lecteur. Il rend les personnages vivants et augmente radicalement l’émotion attachée aux enjeux de l’histoire. Pour le débutant en BD, le dynamisme, c’est donc un peu le Graal… Car entre dessiner des personnages et dessiner des personnages dynamiques, il y a un gouffre. Il faudra beaucoup travailler pour parvenir de l’autre côté du gouffre et créer des cases de bande dessinée chargées de tension. 

Dynamisme en bande dessinée : Akira (Otomo)
(Source)

En termes de dynamisme dans le dessin, j’ai deux maîtres : Otomo et Guarnido. Mais du maître à l’apprenti, il y a quelque années lumières. Le débutant que je suis a bien du mal à produire des dessins dynamiques. Ce qui est d’ailleurs assez logique du point de vue de l’apprentisage.

D’abord, l’apprenti dessinateur apprend en effet à tracer des choses unidimensionnelles : des lignes. Avec des traits, il bricole rapidement des formes, qui restent cependant des silhouettes. Le débutant reste longtemps attaché aux contours des choses et des êtres… Et puis un jour, devant les limitations imposées par ce simple travail de la ligne, son cerveau demande plus. L’apprenti ajoute alors une dimension à ses explorations et entreprend de dessiner des volumes. Et avec les volumes viennent les dessins complexes : des décors, des machines, des personnages… Le débutant, grisé, se dit alors que ça y est, qu’il est capable de dessiner ce qu’il veut, et donc de raconter des histoires stimulantes. Mais c’est oublier un peu vite qu’une bande dessinée n’est pas une succession de photographies. Pour rendre son récit vivant, il va falloir bien plus que ça. Il devra comprendre le mouvement, et comprendre surtout quelles informations donner au lecteur pour que le cerveau de celui-ci ait l’illusion du mouvement.

C’est précisément à ce point que j’en suis sur la trajectoire de l’apprentissage. Il faut désormais apprendre non pas seulement à respecter les proportions anatomiques des personnages, mais à les rendre dynamiques. Pour cela, il existe tout un panel d’outils.

Le découpage dynamique d’une planche de BD

Pour rappel, voici la planche 3 de la BD d’entraînement :

Bande dessinée d'entraînement : planche 3 encrée à la plume (avec un peu de contraste)

Les cases sont toutes rectangulaires. Ce découpage « classique » implique une certaine rigidité, mais a un intérêt : il permet de poser l’histoire, littéralement. C’est adapté à une scène de dialogue où les personnages restent immobiles ou se déplacent lentement. La linéarité et la régularité des lignes horizontales et verticales confère de la stabilité à la lecture et donc au récit.

Car il y a bien un rapport direct entre le découpage et l’état d’esprit du lecteur. Des cases rectangulaires sont tout sauf inquiétantes et déstabilisantes, elles invitent à se poser et à lire lentement. En revanche, un découpage fait de lignes obliques, par exemple, rompt le confort, crée un déséquilibre et incite à une lecture plus nerveuse et rapide. Ce découpage non régulier est particulièrement adapté aux scènes d’action.

Et justement, dans la planche suivante, on passe à l’action. Voici le découpage :

Dynamisme en bande dessinée : découpage de planche d'action

Je n’ai pas fait ce découpage au hasard bien sûr : il doit accompagner les différentes tensions à l’oeuvre entre les personnages. Et c’est une page de gauche (paire), donc j’ai fait converger certaines lignes de cette planche vers la page de droite, parce que celle-ci représentera le climax de la scène. J’ai peur qu’il y ai trop de cases et que la déstructuration soit un peu trop poussée. Mais on jugera ça à la fin.

Angles et plans dynamiques

Outre le découpage de la planche, j’ai essayé d’utiliser des plans dynamiques. Le principe est le même : pour rendre un plan dynamique, il faut le déséquilibrer un peu (ou beaucoup, selon les cas).

Typiquement, un plan où le spectateur – le lecteur – a les yeux à la même hauteur que le personnage est un plan équilibré, stable, statique. Et cette impression de staticité est renforcée par l’immobilité éventuelle du personnage. Du coup, comment rendre dynamique un plan représentant un personnage immobile ? Il existe probablement beaucoup de techniques que j’ignore, mais j’en connais au moins une : décaler la hauteur d’observation vers le haut ou vers le bas. En d’autres termes, créer une plongée ou une contre-plongée.

J’ai utilisé un peu de tout pour les trois premières cases :

Angles et plans dynamiques (dynamisme en bande dessinée) : cases 1, 2 et 3

La première case se veut donc une contre-plongée légère, et la seconde une plongée. Je ne suis pas sûr d’avoir bien géré tous les éléments de la perspective – je suis même sûr du contraire 🙂 Tout ça est de l’exploratoire et donc très perfectible. Quoi qu’il en soit, ces deux cases sont plus dynamiques que si j’avais représenté ce personnage chaque fois à hauteur d’observateur.

En bonus, pour ajouter un peu de dynamisme à la 3e case, où le personnage est présenté en gros plan de face, j’ai ajouté des « lignes de vitesse » :

Case de bande dessinée avec lignes de vitesse

À voir par rapport au reste de la planche. En tout cas, c’est toujours mieux que mon premier contact avec les lignes de vitesse

Bande dessinée : le dynamisme par le mouvement

La quatrième case m’a posé problème. Ou plutôt, elle a requis un peu d’entraînement et de recherche à côté.

La case 4 doit représenter le personnage de la case 3 se préparant à donner un coup de poing. Je veux le dessiner de face pour que le poing menace le spectateur. Cela équivaut à une vue subjective avec pour sujet l’autre personnage, celui des cases 1 et 2.

Je n’ai jamais vraiment dessiné ce genre de choses, donc c’est parti pour quelques recherches :

Case de BD dynamique : recherche coup de poing (1)

Case de BD dynamique : recherche coup de poing (2)

Case de BD dynamique : recherche coup de poing (3)

Dynamisme en bande dessinée : recherche coup de poing (4)

Sur ce dernier dessin, la pose commence à me plaire. Le crayonné sur la planche en sera donc inspiré :

Dynamisme en bande dessinée : recherche coup de poing (crayonné)

Le visage est assez raté, et je n’ai pas vraiment réussi à reprendre la même pose. La tête n’a pas la même orientation et le personnage semble moins en tension, moins en mouvement. Quant au cadrage, qui cache le bas du corps, il n’aide pas à rendre la case aussi dynamique que je le souhaitais.

Comme tout le reste, le dynamisme en bande dessinée ne s’acquiérera que par le travail. Il faudra probablement dessiner des centaines de cases avant d’approcher quelque chose de satisfaisant. Donc au boulot !

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