Dessin Notre-Dame de Paris Île-de-la-Cité
Bande dessinée d'entraînement

Dessiner une case de BD : composition, précision et patience (premier essai)

28 juillet 2018

Petit rappel de ma démarche : je me sers d’un scénario qui ne sera jamais publié pour dessiner une « BD d’entraînement » et élargir ainsi mon apprentissage à tout un tas de domaines (portrait, mouvement, perspective, décor, narration, etc.).

Comme évoqué il y a quelques mois, la première case de la bande dessinée en question est un plan de la cathédrale Notre-Dame de Paris vue de trois quarts arrière. Ce qui m’amène à la première notion importante : la composition.

Une case de BD, ça se compose

La composition consiste à positionner de manière optimale les différents éléments qui figurent dans la case. L’objectif est double : a) faire passer les informations essentielles et b) faire l’économie de dessins inutiles.

Traitons le deuxième point tout de suite : oui, il s’agit bien de faire l’économie de dessins inutiles. La bande dessinée est en effet un travail colossal. Pour se donner toutes les chances de le terminer un jour, il faut calculer ses efforts, canaliser l’énergie, aller droit au but. Une case qui raconte quelque chose qui n’apporte rien à l’histoire n’a pas lieu d’être. Un élément qui n’a pas pour fonction de servir l’histoire n’a aucune raison de figurer dans la case.

Ce qui nous ramène au premier point : la composition a pour objectif de faire passer les informations essentielles. En effet, il ne suffit pas de s’abstenir de dessiner les éléments inutiles. Il faut également et avant tout choisir ceux qu’on va mettre en avant.

Sélectionner les bonnes informations à dessiner

Il apparaît donc évident que le dessin, dans la bande dessinée, est étroitement et inextricablement lié au scénario. Le travail de composition des cases, notamment, commence dès le travail sur l’histoire. Sans scénario abouti, aucune chance d’optimiser la transmission d’information via les cases.

Les premières cases d’une bande dessinée occupent la même fonction que les premières minutes d’un film. Elles permettent de présenter les personnages principaux et de situer l’histoire. Pour situer l’histoire, il faut montrer – ou tout au moins évoquer – la zone géographique dans laquelle elle se déroulera : une galaxie, une planète, une ville, un quartier, une usine, un train, une maison, une cuisine, un jardin, etc.

Quelle que soit l’arène globale du récit, il faut donner au lecteur/spectateur l’information qui lui permet de circonscrire entièrement l’action. Ce n’est pas à prendre à la légère. Ce cadre, s’il est bien connu et/ou bien décrit, est l’entonnoir qui va permettre de plonger le lecteur/spectateur dans l’histoire.

Cas pratique : présenter Paris à plusieurs époques en une seule case de BD

Dans l’exemple qui m’occupe, le scénario raconte l’histoire de quatre personnage qui vont visiter la ville de Paris à plusieurs époques. L’arène a donc une double dimension. C’est un espace délimité (la ville de Paris) et une durée (quinze siècles). Comment présenter cela en dessin ? Il y a mille façon de le faire. Parce que je débute et que je veux maîtriser les règles du jeu avant de m’autoriser à les tordre, j’ai choisi la voie la plus classique : un plan large de la globalité de l’arène en première case.

Cela dit, c’est plus facile à dire qu’à faire. Car comment représenter Paris en entier et sur quinze siècles en une seule case ? Ceux qui connaissent la capitale et ses monuments savent que la ville regorge d’histoire à chaque coin de rue. Il n’est donc pas si difficile de représenter la ville avec un peu de profondeur temporelle. Mais le défi était d’embrasser toute la période durant laquelle va se dérouler l’histoire. Il fallait donc trouver un plan qui permette de suggérer à la fois l’étendue géographique de la ville et qui propose des éléments formant une sorte de grand écart entre le Ve et le XXIe siècle…

La solution (en tout cas celle que j’ai trouvée) : un alignement entre la statue de sainte Geneviève sur le pont de la Tournelle (Geneviève a vécu au Ve siècle et est la sainte patronne de Paris), la cathédrale Notre-Dame (construite aux XIIe et XIIIe siècles) et les tours du quartier d’affaires de La Défense. Avec un peu de perspective et de profondeur, le rendu peut-être assez beau d’une part, et efficace d’autre part.

Encore une fois, plus facile à dire qu’à faire, surtout quand on n’a jamais fait de bande dessinée de sa vie…

De l’importance de la précision (et donc de la patience)

La construction de cette case a été difficile. D’abord, il a fallu me plonger dans le plan de Paris pour comprendre quelle position exacte pouvait occuper l’observateur (la personne fictive qui donne l’angle de vue de la case). Ensuite, il a fallu me plonger dans l’architecture de Notre-Dame pour comprendre le fatras d’éléments qui la composent…

Et j’ai fait une erreur : j’ai bâclé la perspective. J’ai posé les bases de la cathédrale et des ponts, mais tracé les berges de l’île de la Cité au jugé. J’ai toutefois essayé de former une image cohérente, qui propose à la fois de la profondeur, de la clarté (positionner les bâtiments et autres éléments pour que les uns ne cachent pas les autres) et quelque chose de réaliste. Bien entendu, aucune photo ne propose cet alignement particulier et j’ai donc dû tout recomposer. Tant mieux, car recopier une photo ne m’a jamais intéressé !

Au départ, on a donc ce qui suit. J’ai augmenté le contraste mais on ne voit pas grand-chose sur ce crayonné très pâle, désolé, c’est juste pour un petit aperçu :

Croquis préparatoire pour une case de BD (Notre-Dame de Paris)

Ces traits préparatoires manquent beaucoup de précision, et il n’y a pas assez de détails. Résultat : j’ai dû improviser beaucoup de choses dans le crayonné, pour compenser le manque de détails (ajout d’éléments) et l’incorrection de la chose (rectifications au jugé…)

Un crayonné qui manque de rigueur
(et qui rendra l’encrage douloureux)

Case de BD crayonnée : Notre-Dame de Paris et l'Île-de-la-Cité

Je ne sais pas si on se rend compte (ça dépend de la taille de votre écran) mais ça manque cruellement de détails, et quand il y en a, ça craint.

J’aurais dû être plus précis, plus rigoureux sur le travail préparatoire. Il aurait fallu tracer les fenêtres à la règle, soigner les petits éléments (bus, voitures, trottoirs, façades d’immeubles), etc. On verra à l’encrage mais je doute que ce soit rattrapable. Peu importe, c’est formateur !

Mon erreur principale : le manque de patience. J’y ai passé plusieurs heures. La lassitude m’a gagné à la fin, quand il a fallu justement poser les traits de crayon un à un. Crayon mal taillé, traçage d’un trait sur deux, oubli de la règle dans la plupart des cas où elle était nécessaire (les bords de fenêtres, par exemple) : autant d’erreurs de précipitation. Et une bonne leçon. 🙂

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